8 septembre, Journée internationale de l’alphabétisation

Sans nécessairement le réaliser, on côtoie tous quotidiennement des personnes éprouvant des difficultés à lire et à écrire. En effet, près d’un Québécois sur quatre ne possède pas les compétences minimales en lecture et en écriture pour traiter adéquatement l’information.

Je souhaiterais  vous faire part d’une réalité que vous connaissez peut-être mais dont vous ne saisissez peut-être pas toutes les implications.

Sans nécessairement le réaliser, on côtoie tous quotidiennement des personnes éprouvant des difficultés à lire et à écrire. En effet, près d’un Québécois sur quatre ne possède pas les compétences minimales en lecture et en écriture pour traiter adéquatement l’information.

Les personnes peu scolarisées ont leurs besoins, leurs réalités, leurs acquis et leurs problèmes. Elles ne forment pas un groupe homogène. Cependant, elles partagent certaines caractéristiques communes : elles se retrouvent souvent à l’écart des centres de décision, des emplois bien rémunérés, des manifestations sociales et culturelles valorisées.

Ces personnes ressentent souvent un sentiment d’échec et de dévalorisation face aux institutions. Elles sont plus vulnérables aux abus, à l’exploitation économique. Elles traînent avec elles des drames humains causés souvent par leur sous-scolarisation. Ce sont des adultes insérés dans une communauté, avec ou sans emploi rémunérateur et qui ont développé leurs propres mécanismes pour se débrouiller dans un monde qui fonctionne avec l’écrit.

Peu de connaissances

Les personnes peu scolarisées sont les oubliés du système. Pour toutes sortes de raisons, elles n’ont pas réussi le parcours scolaire normal. C’étaient des élèves en difficulté qui sont devenus des décrocheurs. On les a souvent mis de côté. Malgré l’énormité des moyens consacrés à leur scolarisation, elles ont échoué.

Ces personnes proviennent de milieux généralement peu fortunés. Leur bagage culturel est faible. Elles ont connu des échecs répétés : échecs scolaires, échecs professionnels (mise à pied, peu de possibilité d’avancement), échecs familiaux. Elles voient souvent leurs enfants s’enligner vers un parcours identique au leur.

Ces personnes ressentent souvent un sentiment d’échec et de dévalorisation face aux institutions.

La plupart des adultes insuffisamment scolarisés vivent dans un monde très étroit: ils n’ont aucune connaissance en politique, en géographie ou en histoire. Ils ne votent pas, ils ne s’impliquent pas. Ils reproduisent souvent des stéréotypes  négatifs: méfiance par rapport aux nouveaux arrivants, méfiance par rapport aux institutions. Ils ont peur de perdre le peu qu’ils possèdent. Ils sont centrés sur leurs besoins.

Pas d’amélioration

Malheureusement, le nombre de personnes insuffisamment scolarisées se maintient au Québec. Doit-on y voir un manque de volonté de s’attaquer véritablement au problème de la sous-scolarisation? Alors que des sommes colossales sont versées pour contrer le décrochage, est-il normal qu’on consacre des montants dérisoires  pour aider ceux que le système a échappés? Ce sont pourtant des citoyens, des parents, des adultes qui essaient de fonctionner dans un monde qui leur est souvent hostile. Faut croire que ce mal nécessaire n’émeut plus ceux qui fixent les priorités et édictent les lois. Après tout, quand on est pauvre, c’est de notre faute!

Robert Cyr, directeur
Centre de services éducatifs populaires

90, rue Angus Nord
East Angus (Québec)
J0B 1R0
csep@videotron.ca
www.csep-hsf.org